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ETHIOPIE - Æthiopia, nom donné vaguement dans les temps les plus anciens à toute la région qui s'étendait au sud de l'Egypte. Dans la suite, le nom d'Ethiopie s'appliqua plus spécialement à tout le bassin du Haut-Nil, depuis les cataractes jusqu'au cap Delgado, comprenant les pays nommés depuis Nubie, Kordofan, Dar-Four, Abyssinie, Choa, Kaffa, pays des Afar ou Danakil, pays de Harar, pays des Gallas, pays des Somalis, pays des Massai, Ouganda, Ounyoro, etc. Le vague de cette dénomination provient du sens même du mot Ethiopiens, qui veut dire visage brûlé (du grec aithô, brûler, et ops, visage). Parmi les tribus nombreuses qui habitaient l'Ethiopie, on distinguait : les Ethiopiens de Méroë, qui habitaient entre le Nil et l'Atbara, leur capit. était Méroë (Voy. ce nom) ; les Blemyes, à l'E. de Méroë ; les Nubes ou Nubiens, à l'O. de Méroë ; les Sembrites, au S. de Méroë, dans le territoire desquels se trouvaient Sembobitis et Axum. Viennent ensuite les Eléphantophages, les Strouthiophages, les Ophiophages (mangeurs d éléphants, d autruches, de serpents),qui habitaient l'intérieur des terres; les Troglodytes, qui s'étendaient sur la côte depuis la frontière de l'Egypte jusqu'au détroit de Bab-el-Mandeb ; le port d'Adulis était chez eux. Plus au S. se trouvaient les Ichtyophages, les Créophages, les Chélonophages (c.-à-d. mangeurs de poissons, de viande et de tortues) et les Macrobiens, qui vivaient, dit-on, de 120 à 150 ans. — Les Egyptiens connaissaient l'Ethiopie sous le nom de Koushou, Kashou, dès le temps des dynasties memphites. Elle était peuplée par un grand nombre de tribus aux noms barbares, dont la principale, les Ouaoua, occupait, sous la vie dynastie, la Nubie actuelle, entre la première et la seconde cataracte. Chassés par les rois de la XIIe dynastie et remplacés par des colons égyptiens, ils se retirèrent vers le Sud, vers la XIIIe dynastie, au delà de Dongola, vers la XVIIIe, presque aux confins des montagnes d'Abyssinie. Dès lors toute la partie moyenne de la vallée du Nil, de Syène jusqu'à Khartoum, forma une véritable province égyptienne, dont les principales villes étaient ornées de temples splendides et dont la capitale Napata (auj. Gebel-Barkal) est l'une des Méroë des géographes grecs. Elle était gouvernée par un vice-roi qui portait le titre de Fils royal de Kousch. Après avoir obéi près de deux mille ans à l'Egypte, l'Ethiopie devint indépendante vers le IXe siècle avant notre ère. Une branche de la famille des grands prêtres d'Amon Thébain y fonda à Napata un empire théocratique dont le souverain était choisi par le dieu Amon lui-même et par son grand prêtre entre les membres de la famille royale. Ces Pharaons éthiopiens conquirent l'Egypte, une première fois au milieu du VIIIe siècle sous Pionkki Miamoun; une vingtaine d'années plus tard, Shabakou (Sabacon) établit définitivement sa suprématie jusqu'à la Méditerranée et fonda une dynastie nouvelle, la XXVe, qui domina 60 ans à Memphis. Les trois rois dont elle se composa, Shabakou, Shabtökou et Taharqou (Tahraka), sans cesse en lutte contre les Assyriens, ne se maintinrent qu'au prix de luttes perpétuelles contre les princes du Delta et contre les conquérants ninivites, Sargon, Sennachérib, Asarhaddon, Assourbanipal. Après la mort de Taharqou en 666, son beau-fils Tonouatamon reprit un moment l'ascendant, mais les succès de Psamitik Ier mirent fin à sa domination, et désormais l'Ethiopie ne prit plus qu'une part restreinte aux affaires d'Egypte. Ses rois, toujours esclaves de l'influence sacerdotale, portèrent leurs armes vers la mer Rouge et la région des Grands Lacs; ceux d'entre eux que nous connaissons le mieux, Harsiatef et Nastosenen, régnaient à l'époque persane. Cambyse essaya vainement de pénétrer jusqu'à Napata ; les Ptolémées ne furent pas plus heureux. Vers le milieu du IIIe siècle avant notre ère, un roi ami des Grecs, Arkamon (Ergamenès), renversa l'autorité des prêtres d'Amon et transporta la capitale plus au S., à Béroua, la Méroë des Grecs. Ses successeurs, parmi lesquels on compte plusieurs reines du nom de Candace, s'y maintinrent glorieusement jusqu'au delà de l'époque des Antonins, contre les attaques des Romains, des Abyssins et des tribus noires. Leurs monuments, temples et pyramides, sont couverts de tableaux de style égyptien, de plus en plus barbare ; les hiéroglyphes et le démotique s'y trouvent encore, mais appliqués à une langue nouvelle dont les inscriptions ne sont pas encore déchiffrées et sont appelées méroïtiques. Les peuples qui leur succédèrent, Blemyes et Nubiens, convertis à la civilisation égyptienne, furent, au Ve et au VIe siècle de notre ère, les derniers adorateurs d'Isis et d'Osiris. Soumis au christianisme vers le VIe siècle, ils demeurèrent fidèles à leur foi nouvelle longtemps après la conquête de l'Egypte par les Arabes : les royaumes chrétiens de Nubie, sans cesse en lutte avec les khalifes et avec les sultans mamelouks, ne furent gagnés à l'islamisme que dans le cours du XVIe s., après la conquête turque. Depuis lors, l'ancienne Ethiopie n'a plus eu qu'un rôle effacé dans l'histoire. Tandis que la Nubie restait attachée à l'empire ottoman, et que les régions méridionales payaient tribut aux rois d'Abyssinie (Voy. ce mot), les provinces centrales, divisées en plusieurs Etats : Dongola, Berber, Sobah, etc., végétaient misérablement. Le pays, soumis à l'Egypte de 1819 à 1881, est redevenu en partie indépendant depuis lors sous la conduite de Mohammed el-Mahdi et de ses lieutenants (Voy. Soudan oriental). Quant à l'Abyssinie, au Choa, au Kaffa, ils ont été réunis en 1889 par Ménélik, souverain du Choa, en un seul royaume, qui porte le nom de royaume d'Ethiopie, 444 200 kil. car. et 3 500 000 hab., auquel se rattache comme dépendance le pays de Harar, conquis en 1887 par Ménélik. Voy. ABYSSINIE au supplément.
Source: Dictionnaire Universel d'histoire et de géographie édité par M.N. Bouillet en 1914