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HAÏTI - (c.-à-d. Pays montagneux dans la langue caraïbe), l'Hispañola de Christophe Colomb, l'île St-Domingue des Français, grande île de la mer des Antilles, au S.-E. de Cuba et à l'E. de la Jamaïque, entre 70° 40'-76° 49' long. O., 17°39'-19°57' lat. N. ; 77 000 kil. car. et 1 570 000 hab. Elle est parcourue par des chaînes de montagnes granitiques, dont le point culminant est le mont Vanilejo (3140 m.), dans la Sierra de Cibao. Ces mont., riches en minerais, sont fertiles (cacao, café). A leur pied s'étendent des plaines arrosées par l'Artibonite, la Youna, la Neyba, l'Ozama, le Grand Yaque, etc. Elles possèdent de belles plantations de café, canne à sucre, coton, tabac, et des forêts fournissant l'acajou et le bois de campêche. Les côtes sont bien découpées: pointes Engano, les Irois, Roja, Tiburon ; îles de la Gonave, Tortue, Saona, etc. ; presqu'île Samana. Climat salubre sur les hauteurs, très chaud dans les plaines ; 2 saisons sèches et 2 pluvieuses ; ouragans. Epidémies de fièvre jaune. — L'île comprend 2 Etats: 1° la répub. de Haïti, qui en occupe la partie occident. ; 28676 kil. car. et 960 000 hab. (Nègres) ; capit. Port-au-Prince ; v. pr. les Cayes, les Gonaïves, Cap-Haïtien, Port-de-Paix. Constitution du 9 octobre 1889 donnant le pouvoir exécutif à un président élu pour 7 ans, et le pouvoir législatif à un Sénat et à une Chambre des communes. Tribunaux civils, correctionnels et criminels dans chaque ch.-l. des 5 dép. (Artibonite, Nord, Nord-Ouest, Ouest, Sud). Lois imitées du code civil français. Religion catholique. Grand commerce de sucre, café, coton, cacao. — 2° La républ. Dominicaine, qui occupe la partie orient. de l'île. Voy. DOMINICAINE (Républ.). — L'île d'Haïti (Hispañola) fut découverte par Christ. Colomb le 6 déc. 1492 et fut le siège du premier établissement européen en Amérique. Les Espagnols y fondèrent en 1495 Santo-Domingo, dont la prompte prospérité fit donner à toute l'île le nom de St-Domingue. Ils eurent bientôt soumis les indigènes caraïbes ; mais ceux-ci, maltraités, disparurent entièrement dès le XVIIIe siècle. La colonie n'avait encore que peu d'importance lorsque l'amiral anglais Drake la ravagea en 1586. Au milieu du XVIIe siècle (vers 1632), des boucaniers qui s'étaient établis dans l'île de la Tortue, près de la côte séptentrionale d'Haïti, dévastèrent les établissements espagnols, et, après avoir été reconnus par le gouv. français, ils finirent par s'établir dans la partie occidentale de l'île: le traité de Ryswick, en 1697, céda définitivement cette partie à la France. La colonie française s'accrut rapidement et prospéra tellement qu'en 1789 on y comptait plus de 8 000 grands établissements, 500 000 esclaves, 30 000 blancs et 25 000 mulâtres, tandis que la partie espagnole comptait à peine 125 000 hab. L'Assemblée nationale ayant, par un décret du 28 mars 1790, conféré aux mulâtres les droits politiques, les noirs profitèrent des discordes que ce décret avait excitées parmi les colons, et se soulevèrent partout (1791) ; ils commirent les plus grandes atrocités, bien que la Convention leur eût concédé la liberté. Un de leurs chefs, Mayaca, s'empara du Cap et massacra tous les habitants libres (1793). L'année suivante, un autre chef, Toussaint Louverture, enleva les principales places de la colonie française, chassa une armée anglaise que les colons de la Jamaïque avaient envoyée au secours des blancs; il s'empara de la partie espagnole d'Haïti, que l'Espagne venait de céder à la France (1795), et domina toute l'île, grâce à son influence sur ses compatriotes nègres. Mais en 1802 le général Leclerc, à la tête de 20 000 Français, débarqua à St-Domingue, et s'empara par surprise de la personne de Toussaint Louverture, qui mourut prisonnier au fort de Joux (France), 1803. Les hostilités, un instant suspendues, recommencèrent en 1803 sous la conduite des généraux noirs Dessalines et Christophe: les Français furent refoulés jusqu'au Cap, et Rochambeau, qui avait succédé à Leclerc, fut obligé de se rendre à une flotte anglaise. Toutefois ce n'est qu'en 1805 que l'île fut complètement évacuée par les troupes françaises. Dessalines, maître de l'île, proclama son indépendance (1804), et prit le titre d'empereur d'Haïti sous le nom de Jacques Ier; il fut assassiné en 1806. Christophe s'empara aussitôt du pouvoir; après une lutte acharnée contre Pétion, son rival, qui dominait dans le Sud-Ouest, il resta maître de la plus grande partie de l'île, et prit en 1811 le titre de roi, sous le nom de Henri Ier. Pétion conserva néanmoins jusqu'à sa mort la partie S. de l'île et y maintint avec beaucoup de sagesse le gouv. républicain. Christophe périt dans une insurrection militaire en 1820. Alors Boyer, qui avait succédé en 1818 à Pétion dans le gouvernement du Sud, fut proclamé président. Il administra avec habileté, soumit la partie espagnole et devint maître de toute l'île (1822). En 1825, la France reconnut l'indépendance d'Haïti, qui devait en retour payer aux anc. colons une indemnité de 150 millions de francs, réduite en 1838 à 60 millions. En 1843, Boyer, accusé de tyrannie, fut expulsé; il mourut à Paris (1850). Son successeur Rivière ne put empêcher la partie espagnole de se constituer en Etat indépendant (Républ. Dominicaine, 1844). Haïti eut pour présidents successifs Hérard, Guerrier, Pierrot, Riche, Soulouque (1847), qui se fit proclamer empereur sous le nom de Faustin Ier (1849-1858). Ce personnage, ridicule fut remplacé par le prés. Geffrard (1858-67), Salnave(1867-70), auteur de la constitut. de 1867, Saget, Dominique et Boisrond (1870-79), Salomon (1879-1888), Légitime (1888-1889), Hippolyte (1890-91).
Source: Dictionnaire Universel d'histoire et de géographie édité par M.N. Bouillet en 1914