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Découvrir la Russie à l'aube du 20ème siècle

RUSSIE (Empire de) - le plus grand Etat de l'Europe, dont elle occupe plus de la moitié, est aussi le plus vaste du globe, car il s'étend en Europe et en Asie de 15° 17' long. E. à 172° 4' long. 0, et de 35° 8' à 77° 36' lat. N. Sa superficie est de 22 430 000 kil. car. ; sa population, de 129 mil. d'hab. (avec la Finlande, 1897). Baignée partout au N. par l'océan Glacial Arct., la Russie a pour bornes ailleurs : 1° en Europe, au N.-O. la Suède et la Norvège, à 1'0. la mer Baltique et l'Allemagne, au S.-O. l'Autriche-Hongrie. et la Roumanie, au S. la mer Noire ; 2° en Asie, au S. la Turquie d'Asie, la Perse, l'Afghanistan, le Pamir et les vastes annexes de l'Empire chinois ; 3° à l'E. l'océan Pacifique et le détroit de Bering. Des deux Russies, la Russie d'Asie est sans comparaison la plus grande, mais celle d'Europe, qui en est le quart envir., est infiniment plus importante. Son étendue est de 5 500 000 kil. car. et sa population de 106 millions d'habitants. Du reste, cette division en Russie d'Europe et Russie d'Asie est purement géographique ; on admet que la ligne de séparation est marquée par les monts Ourals, le fleuve Oural, la mer Caspienne et la chaîne du Caucase. Administrativement, cette séparation n'existeque fort peu. La capitale générale est, depuis 1703, St-Pétersbourg ; c'était auparavant Moscou, qui est restée la Ville Mère pour les Russes. La Russie d'Europe n'est à proprement parler qu'une immense plaine, entamée sur son pourtour par la mer Blanche au N., le golfe de Finlande à l'O., la mer d'Azov au S., la mer Caspienne au S.-E. Elle n'offre point de hauteurs appréciables, sauf le plateau de Valdaï (300 à 360 m.), qui donne naissance aux principaux cours d'eau : Volga, Don, Dnieper, Dvina méridionale. Comme autres fleuves, on y rencontre le Niemen, la Vistule, le Boug, le Dniester, la Dvina septentr. et la Petchora. La Russie d'Asie comprend 4 régions distinctes : la Sibérie occidentale, la Sibérie centrale et orientale, avec le territoire de l'Amour, la dépression Aralo-Caspienne et la Transcaucasie, entre la mer Noire et la Caspienne. — 1° La Sibérie occidentale est relativement plate, très basse, parcourue par l'Obi et ses grands affluents. — 2° La Sibérie centrale et orientale est couverte en partie par les ramifications du plateau central asiatique, dont l'Altaï et les Saïan sont les plus importantes. Al'E., les monts Iablonovoï et Stanovoï projettent leurs masses vers les mers d'Okhotsk et de Bering. Le Iénisséi, la Léna, la Kolîma, etc., et de nombreux tributaires sillonnent ce vaste territoire. Le Saghalien ou Amour détermine en grande partie la frontière du S.-E. du côté de la Chine. — 3° La dépression Aralo-Caspienne occupe l'immense bas-fond qui s'étend entre la mer Caspienne et les premières pentes du plateau central asiatique. Le Sîr-Daria et l'Amou-Daria en sont les artères principales. La Russie s'étend auj. jusqu'aux frontières de la Perse et de l'Afghanistan. Bien que les khanats de Khiva et de Boukhara existent encore de nom, ils sont de fait comme incorporés à l'Empire Russe, leurs princes étant réduits à l'état de simples vassaux. —4° La Transcaucasie occupe la région comprise entre le Caucase, le massif d'Arménie, la mer Noire et la mer Caspienne. C'est en partie une région montagneuse, que traversent le Rion et le Kour, grossi de l'Aras. La pop. de la Russie d'Asie est de 23 mill.d'hab. — L'Empire Russe étant très vaste, le climat est très varié, et généralement plus rigoureux que ne le comporte la lat. des lieux. Il est continental, c.-à-d. que l'écart est plus grand entre l'extrême froid et l'ext. chaud. Les divisions de l'Empire Russe portent pour la plupart le nom de gouvernements ; quelques-unes sont appelées provinces et districts. Ces gouvernements sont au nombre de 68 pour la Russie d'Europe, y compris la Finlande, qui forme un grand-duché à part sous l'autorité directe du tsar, avec un régime constitutionnel spécial. RUSSIE D'EUROPE 1° Provinces Baltiques. Samara. Gouv. de St-Pétersbourg Oufa. (cap. St-Pétersbourg). Orenbourg. Esthonie (Revel). Astrakhan. Livonie (Riga). 3° Petite-Russie (Ukraine) Courlande (Mitau). Kiev. 2° Grande-Russie Volynie (Jitomir). ou Moscovie. Podolie (Kamenetz), Arkhangel. Tchernigov. Olonetz (Petrozavodsk). Poltava. Vologda. Kharkov. Moscou. Kherson. Smolensk. Iékatermoslav. Pskov. 4° Crimée. Tver. Tauride (Simféropol). Novgorod. 5° Bessarabie. Iaroslav. Bessarabie (Kichinev). Kostroma 6° Russie Blanche Vladimir. Vilebsk. Nijni-Novgorod. Mohilev. Tambov. Minsk. Riazan. 7° Lithuanie. Toula. Vilna. Kalouga. Grodno. Orel. Kovno. Koursk. 8° Roy de Pologne. Voronéje. Varsovie. Prov.du Don (Novotcherkask). Kalisz. Kazan. Kielce. Viatka. Plock. Perm. Suwalki. Simbirsk. Radom. Penza. Lublin. Saratoy. Lomza. Siedlce. Viborg Piotzkow. St-Michel 9° Finlande. Kuopio Nyland. Wasa Abo-Björneborg. Uleaborg Tavastehus. RUSSIE D' ASIE. 1° Sibérie. Gouv. d'Erivan. Tobolsk. Gouv. de Tiflis. Tomsk. Prov. de Kars. Iénisséisk. Gouv. de Koutaïs. Iakoutsk. Prov. de Zakatalî. Irkoutsk. Prov. de la Mer Noire TransbaïkaLie. 3° Asie centrale. Amour. Prov. de l'Oural. Prov. maritime ou du littoral. Prov. de Tourgaï. Prov. de Sakhaline. Prov. d'Akmolinsk. 2° Caucase. Prov. de Sémipalatie. Gouv. de Stavropol. Prov. de Sémirietchinsk. Prov. de Kouban. Prov. de Sîr-Daria. Prov. du Terek. Prov. de Ferghana. Prov. du Daghestan. Prov. de Samarcande. Gouv. de Bakou. Prov. Transcaspienne. Gouv. de Iélizavetopol. Dans la langue officielle, qui cherche à faire oublier les divisions politiques et ethnographiques, les gouv. de Pologne portent le nom de Pays de la Vistule (Privisliansky Kraï), ceux de Russie-Blanche et de Lithuanie, de Pays du Nord-Ouest (Siéverozapadny Kraï), et ceux d'Ukraine occidentale (Kiev, Volynie, Podolie), de Pays du Sud-Ouest (Yougozapadny Kraï). Ces divisions ont pourtant un sens administratif, car elles dépendent de gouverneurs généraux spéciaux, ainsi que la Finlande, la Sibérie occidentale, la Sibérie orientale, le Pays d'Amour, les Steppes (Akmolinsk, Sémipalatie, Sémirietchinsk), le Turkestan, le Caucase et la ville do Moscou. — On appelle aussi Nouv.-Bussie, la région méridionale de la Russie d'Europe, comprenant les gouv. de Kherson, Iékatérinoslav, Tauride, Ressarabie ; — Russie Noire, la partie occid. de la Lithuanie, qui a formé les gouv. de Minsk et de Grodno ; — Russie Rouge, la contrée qu'occupaient les palatinats polonais de Lemberg, Chelm et Belez : après avoir forme un duché indépendant, ce dernier pays fut tour à tour soumis par la Russie, par la Hongrie, par la Pologne, et fut enfin attribué presque en entier à l'Autriche en 1772, lors du premier partage de la Pologne : le reste appartient à la Bussie. Voy. GALICIE. La Russie comprend une foule de peuples différents, parmi lesquels domine la race slave, à laquelle appartiennent les Grands-Russiens ou Moscovites, les Ukraïniens ou Petits-Russiens, les Biélo-Russes et les Polonais. La race finnoise ou tchoude, très répandue dans la Russie septentr., comprend les Finnois, Esthoniens, Lapons ou Samoïèdes, Tchérémisses, Ostiaks, Tchouvaches, Permiens, etc. Viennent ensuite des Lithuaniens, des Allemands, des Grecs, des Juifs (surtout en Pologne), des Tatares ou Turcs, des Arméniens, des Géorgiens, les tribus du Caucase, enfin une multitude de hordes (Mongols, Kalmouks, Koriaks, Kamtchadales, Tchouktches, etc.). On parle en Russie au moins 30 langues, mais le russe moscovite est la langue officielle et obligatoire ; la langue et la littérature françaises sont en grande faveur dans les classes supérieures. La religion grecque non unie, dite orthodoxe, domine en Russie : elle compte plus de 60 millions d'âmes ; depuis Pierre le Grand, elle est administrée par le St-Synode. Le gouvernement est absolu ; le souverain porte le titre d'Empereur de toutes les Russies, Tsar de Pologne, Grand-Duc de Finlande, etc. Ses sujets sont divisés en 4 grandes classes : la noblesse, le clergé, la bourgeoisie et les paysans. L'aristocratie jouit de certains privilèges. Jusqu'en 1861, les paysans étaient presque tous serfs de la glèbe ; mais le servage, de plus en plus restreint depuis le commencement du siècle, a été définitivement aboli par l'empereur Alexandre II. L'armée compte env. 2 500 000 hommes. La marine russe n'a pas cessé de se développer depuis un siècle et demi, époque à laquelle elle fut créée par Pierre le Grand. La civilisation, très inégale, varie selon les provinces. Les sciences, les lettres et les arts ne fleurissent que dans quelques villes : on ne compte dans tout l'empire que 10 universités : St-Pétersbourg, Moscou, Dorpat, Kazan, Kharkov, Kiev, Odessa, Varsovie, Helsing-fors, Tomsk. L'enseignement primaire est entre les mains du clergé ; l'ens. secondaire est peu développé.- Le S. e 1'0. sont généralement plus peuplés, plus fertiles et plus riches ; mais quand on a dépassé Moscou et le Volga, les villes et les villages deviennent rares ; plus d'agriculture : on ne trouve guère que des steppes, quelques mines, des animaux à fourrure. Le sol varie beaucoup,et donne, selon les localités, les productions les plus diverses. L'Ukraine est une des régions du monde les plus fertiles en céréales : en en exporte de grandes quantités. D'immenses forêts fournissent en abondance des résines, du brai, du goudron, de superbes bois de construction ; la Tauride, la région caucasienne, l'Astrakhan, le Don, etc., récoltent des fruits exquis et de bons vins. L'hermine et la martre donnent des fourrures du plus grand prix et en abondance ; les loutres, les phoques abondent sur les côtes boréales. L'industrie, bien inférieure en général à celle de l'Europe occid., est cependant très active sur certains points. La Russie fabrique et exporte de nombreux articles, tels que cuirs, savons, toiles à voiles, cordages, suifs, feutre, caviar, huile, eau-de-vie de grain, carrosserie, orfèvrerie, armurerie, verrerie, faïence, porcelaine, cristaux, cachemires, laine, pétrole, etc. La Russie possède, surtout en Sibérie et dans les monts Ourals, de nombreuses mines d'or, d'argent, de platine, de fer, d'étain, de houille. Le commerce intérieur est très actif ; le commerce extérieur est immense et se fait soit par les villes maritimes (Odessa, Taganrog, Riga, Libau, Arkhangel, etc.), soit par terre avec l'Europe occid. ou avec l'Inde ou la Chine. Histoire. Les anciens n'ont connu que le S. de la Russie d'Europe, qu'ils comprenaient très vaguement dans les régions dites Sarmatie et Scythie, et où ils plaçaient, outre les Sarmates, les Roxolans, Iazyges, Agathyrses, Cimmériens, Taures, Méotes, etc. Au IIIe siècle, les Goths soumirent à peu près toutes les peuplades comprises entre la mer Baltique et la mer Noire et fondèrent entre le Niémen, le Dnieper, le Volga et le Don un vaste empire comprenant toute la Russie d'Europe. Cet empire fut renversé en 376 par les Huns, et la Russie méridionale fut pendant quatre siècles la grande route de tous les barbares de l'Est et le théâtre do fluctuations perpétuelles. Les Huns, les Alains, les Bulgares, les Khazares s'y établirent et en furent chassés successivement. Dans cette mêlée de peuples apparaissent les Slaves russes, venus dans le pays en un temps inconnu : les Polianes (sur la rive droite du Dnieper), les Drevlianes (dans le bassin du Pripet), les Sèverianes (entre la Desna et le Dnieper), les Radimitches (sur la Soj), les Dregovitches (à l'O. de la Dvina et du haut Dnieper), les Polotchanes (sur la haute Dvina), les Krivitches (aux sources de la Dvina et du Dnieper), les Slovènes (dans le bassin de l'Ilmend), les Tivertzes et les Oulitches (bas Dniester et Pruth), les Doulièbes et les Boujanes (sur le Boug), formaient des tribus indépendantes, vivant dans un état de civilisation assez primitif. Quelques villes s'élevèrent cependant dans ce pays vers la fin du vIe siècle, notamment Novgorod-la-Grande et Kiev. Enfin, en 862, selon la chronique russe, parurent des chefs varègues, dont un seul, Rurik, fonda un Etat durable. Il régna à Novgorod, mais sa postérité s'étendit rapidement sur une partie de la Russie méridionale et sur la Galicie, s'établit à Kiev, fit trembler Conslantinople et s'éleva à une grande puissance sous Vladimir le Grand, qui, en 988 introduisit le christianisme parmi les Russes, et sous Iaroslav Ier (1019-1054), le premier législateur russe. Mais comme chaque tribu slave restait indépendante et avait son prince, le pays demeura dans un état de morcellement complet. Quoique Kiev, la résidence du grand-prince, fût la vraie capitale, les autres principautés : Novgorod, I Polotsk, Smolensk, Tchernigov, Péréiaslav, Tmoutarakan, Halitch, Volynie, Vladimir, Souzdal, enfin Moscou (fondée en 1147), avaient chacune un prince du sang de Rurik et une capitale. A la fin du xIIe siècle, André Bogolubsky, prince de Souzdal, ayant pris Kiev, transporta la capitale du grand-duché à Vladimir, au centre de la population grand-russienne. Cependant les invasions des peuples de l'Orient continuaient. Après leur première apparition en 1223, les Mongols, conduits par Batou-Khan, petit-fils de Gengis-Khan, franchirent le Volga en 1235, conquirent une partie de la Russie méridionale et fondèrent le grand empire du Kiptchak ou Horde d'Or. En 1240, ils prirent Kiev ; bientôt après, la Podolie, la Volynie, la Galicie orientale furent soumises et les princes du nord de la Russie se reconnurent les vassaux des khans. Désormais ce furent les khans qui accordèrent le titre de grand-prince, lié à la possession de la principauté de Vladimir. La domination des Mongols sur la Russie dura pendant 150 ans (4240-1389). Dans ce temps, les princes de Vladimir, depuis 1339 princes de Moscou, réussirent, par leur soumission à la Horde d'Or, à avoir la suprématie en Russie et à s'annexer plusieurs des principautés secondaires. Les khans les chargèrent de lever à forfait le tribut non seulement sur leurs propres sujets, mais encore sur les pays voisins. Les princes de Moscou furent ainsi les « rassembleurs de la terre russe », travaillant à la formation de la Russie et à l'établissement de l'autocratie avec l'ordre de succession du père au fils (au lieu de l'aîné de toute la famille). Cependant les guerres civiles des Mongols et des Tatares et le contre-coup des conquêtes de Tamerlan allégèrent le joug ; mais Moscou fut encore menacée et pillée plus d'une fois, et ce n'est qu'en 1481, sous Ivan III, que la Moscovie fut affranchie de la domination des Talares de la Horde d'Or, battus en outre par ceux de Crimée. Ivan III soumit aussi Novgorod, Pskov et la Biarmie, ajouta à la Moscovie la principauté de Sévérie et la partie occidentale de la Sibérie, et, sous l'influence des idées byzantines, prit le titre de tsar (c.-à-d. César). Vassili IV et Ivan IV le Terrible, ses successeurs, firent la guerre à la Pologne, aux chevaliers de l'ordre Teutonique, à la Suède ; prirent Smolensk, Kazan, Astrakhan et la plus grande partie de la Sibérie ; mais Ivan IV ne réussit pas à avoir la Livonie. En 1598, à l'extinction de la dynastie de Rurik, Boris Godounov devient tsar : une période de troubles commence ; et la Moscovie, que se disputent les Polonais et les Suédois, semble à la veille de périr. L'élection de Michel Romanov (1613) met un terme à tant de maux. Avec lui et son successeur, Alexis, là Moscovie se relève peu à peu ; la Sévérie, enlevée par les Polonais, est reconquise ; l'Ukraine, depuis le xIve siècle réunie à la Lithuanie sous la domination de la Pologne, se place sous le protectorat du tsar Alexis Mikhïalovitch et de la Moscovie. Pierre le Grand (1682-1725) poursuit cette œuvre d'agrandissement, et en même temps, entreprend de grandes réformes. Il étend son empire jusqu'à la Baltique, à la Caspienne et à la mer Noire, fonde St-Pétersbourg, voit décliner la Pologne, brise la puissance de la Suède, se proclame Empereur de Russie, et se mêle à la politique générale de l'Europe. A l'intérieur, il détruit la possibilité d'un conflit entre le pouvoir temporel et l'Eglise par la suppression du patriarcat, remplacé par un synode d'évêques auquel ressortissent toutes les affaires ecclésiastiques. Sous ses successeurs immédiats (lesquels depuis 1762 appartiennent à la maison de Holstein-Gottorp, ne tenant à celle des Romanov que par des alliances), la prospérité de la Russie s'arrête ; mais sous Catherine II cet Etat atteint une extension et une puissance nouvelles. La Petite Tatarie, avec la Crimée, est conquise, ainsi que la Lithuanie et la Courlande ; l'Ukraine est définitivement annexée à l'Empire Russe, ainsi que la moitié de la Pologne (par les partages de 1772, 1793 et 1795). Paul Ier, fils de Catherine, entre dans la coalition contre la France, et envoie jusqu'en Suisse ses armées, commandées par Souvorov (1799). Sous Alexandre Ier, malgré une lutte continuelle avec la France (interrompue seulement par la paix de Tilsitt, 1807), malgré l'expédition de 1812, pendant laquelle Moscou est livrée aux flammes par les Russes eux-mêmes, la Russie se grossit de la Finlande, de la Bothnie orient., de la Bessarabie, de la Géorgie ; en 1815, elle s'empare des deux tiers au moins de la Grande-Pologne (dont la France avait fait en 1807 le grand-duché de Varsovie), et en forme le Royaume de Pologne. A cette époque, la Russie, à la tête de la Ste-Alliance, était la puissance prépondérante en Europe. Nicolas Ier, qui succéda à Alexandre, ajoute à ses Etats la plus grande partie de l'Arménie, enlevée au roi de Perse, le pachalik d'Akhaltsikh et les bouches du Danube, enlevés à la Turquie. Ses armées victorieuses allaient marcher sur Conslantinople, si l'intervention des puissances européennes ne l'eût pas arrêté (1829) ; néanmoins il avait encore réussi à affaiblir considérablement l'Empire Turc en aidant à l'indépendance de la Grèce (1820-27), et en affranchissant presque entièrement la Serbie, la Valachie, la Moldavie, placées sous sa protection ; il avait enfin vu cet empire contraint à se mettre à sa merci par le traité d'Unkiar-Skélessi (1833). A la même époque, la Pologne, soulevée à la suite de la révolution française de 1830, avait été réduite malgré des efforts héroïques et incorporée à l'empire. Ainsi maître partout, l'empereur Nicolas n'avait plus qu'à consolider ses conquêtes, lorsqu'on 1853, en voulant s'imposer comme protecteur des fidèles de l'Eglise grecque dans les provinces turques, il fit naître une nouvelle guerre avec la Turquie et suscita une querelle qui amena une guerre européenne : après deux campagnes désastreuses, dans lesquelles Nicolas eut à combattre à la fois la Turquie, la France et l'Angleterre, la Russie, vaincue sur l'Alma et à Sébastopol, dut signer la paix désavantageuse de Paris (30 mars 1856). Alexandre II s'appliqua à réparer les maux de la guerre. En 1861, par le célèbre manifeste du 19 février, il prononça l'émancipation des serfs ; il entreprit aussi la réorganisation de l'instruction publique. En 1863, un soulèvement des Polonais fut écrasé avec sévérité. En 1870, la Russie, à la conférence de Londres, obtint la suppression des articles de la paix de Paris limitant les forces navales russes de la mer Noire. En 1877, Alexandre II commença une guerre contre les Turcs pour défendre les peuples slaves révoltés de la péninsule des Balkans. Après des revers et de grands succès, les Russes arrivèrent aux portes de Constantinople, et la Turquie, vaincue, dut accepter le traité de Berlin qui rendait à la Russie la partie de la Bessarabie enlevée en 1856, ainsi que Batoum et Kars. Sous Alexandre II la Russie conquit définitivement la rive gauche de l'Amour (1858) et le Caucase (1859), s'annexa le Turkestan (1860), prit Samarcande (1868), Khokand (1870). Alexandre II périt victime d'un attentat en 1881, Sous Alexandre III (1881-94) et Nicolas II, la Russie a fait de grands progrès en Asie, occupé Merv, le Pamir, la Mandjourie, construit le Transsibérien (1891-1900) et donné un grand essor à son industrie et à son commerce. — L'histoire de la Russie a été écrite : en Russie, par Karamzine, Histoire de l'Etat russe, 2 vol., trad. en franc, par St-Thomas et Jauffret, Paris, 1819-1826 ; Soloviev, Histoire de Russie depuis les temps les plus anciens, 29 vol., Moscou, 1851-1878 ; Kostomarov, Monographies et recherches historiques, 19 vol., St-Pét., 1868-1887, et Histoire russe par les biographies de ses principaux acteurs, 4 vol., 1873-87 ; Bestoujev-Rioumine, Histoire russe, 1 vol., St-Pét., 1872 ; Antonovitch, Monographies, Kiev, 1863-1887, etc.; — en France, par Voltaire, etc. Cf. Lévesque, Histoire de Russie et des principales nations de l'empire russe, 8 vol., Paris, 1812 ; Choppin, Russie, 2 vol., Paris, 1858-1846 ; Rambaud, Hist. de la Russie, 1 v. Paris, 1884 ; — en Allemagne, par Strahl et Hermann, Geschichte des russischen Staates, 7 vol., Hambourg et Gotha, 1832-1866 ; Bernhardi, Geschichle Russlands, 4 vol., Leipzig. A consulter : baron de Haxthausen, Etudes sur la situation intérieure, la vie nationale et les institutions nationales de la Russie, 3 vol., Hanovre 1847-1853 ; Sehnitzler, l'Empire des Tsars, 4 vol., Paris et Strasbourg, 1862-1869 ; Anatole Leroy-Beaulieu, l'Empire des Tsars et la Russie, Paris, 1881-82, Mackenzie-Wallace, la Russie, trad. de l'angl., 3 vol. Paris, 1877 ; Dixon, la Russie libre, trad. de l'angl., Paris, 1872, etc. Grands-princes et tsars de la Russie. 1° Dynastie de Rurik. A Kiev (sauf Rurik). Vseslav, 1068 Rurik, d'abord avec Si-Sviatoslav II, 1073-76 néous et Trouvor, puis Vsévolod Ier, 1078 seul, 862 Svialopolk II, 1093 Oleg, régent, 879 Vladimir Monomaque, 1113 Igor, fils de Rurik, 913 Mstislav Ier, 1125 Olga, veuve d'Igor, 945 Iaropolk II, 1132 Sviatoslav Ier, 957 Viatcheslav, 1159 Iaropolk Ier, 972 Vsévolod II, 1139 Vladimir Ier, 980 Igor II, 1146 Sviatopolk Ier, 1015 Isiaslav II, 1146-54 Iaroslav Ier, 1019 Ieury Dolgorouky, prin-Isiaslav Ier (chassé ce de Souzdal, 1125, deux fois), 1054-78 de Kiev. 1149-57 Schisme de 86 ans.A Kiev. A Vladimir. Rostislav Ier, (1154-62 André Ier Bogo-Isiaslav III, 1156-67 lioubsky, 1154-74 Mstislav II, 1167-70 Gleb Iouriévitch, 1168-72 Iaroslav II Isiasla- Michel Ier, 1175-77 vitch, 1172-75 Roman Ier, 1179 Vsévolod III, 1177-1212 Sviatoslav III, 1174-97 Rurik II, 1192-1202 Roman II, 1193-1206 Vsévolod III, 1210-14 Mstislav III, 1214-23 Iouri II, 1213-38 Vladimir III, 1230-39 (Constantin), 1217-18 Michel Ier Vsévolo- Iaroslav II Vsévolo-dovitch, 1239-40 dovitch, 1238-40 A Vladimir jusqu'en 1339 et ensuite à Moscou. Iaroslav II Vsévolodo- Alexandre II de Tver, 1526 vitch, 1240 Ivan Ier Kalita, 1328 Sviatoslav III Vsévolo- Siméon, 1340 dovitch, 1247 Ivan II, 1353 André Iaroslavitch, 1249 mitri III de Souzdal, 1359 . Alexandre Ier Nevsky, 1252 Dmitri IV (ou III bis), aroslav III Iaroslavitch, 1263 Donskoï, 362 Vassili Ier, 272 assili II, 389 Dmitri Ier, 276-94 Vassili III, l'Aveugle, 1425 André II, 294-1304 Ivan III (prend le litre Daniel, 295 de tsar et l'aigle à deux Vassili de Souzdal, 1304 têtes de Byzance), 1462 Michel II de Tver, 1304-19 assili IV, 1505 Iouri III, 319 van IV, le Terrible, 1533 Dmitri II de Tver, 1323 Féodor Ivanovitch, 1584 2° Transition aux Romanov. oris Godounov, 1598 Vassili Chouisky, 1606 Fédor Borissovitch, 1605 Vladislas de Pologne, 1610 mitri (Pseudo-), Grégoire Otrépiev, 1605 3° Dynastie des Romanov. ichel Romanow, 1613 Catherine Ire, sa veuve 1725 lexis, 1645 Pierre II, 1727 Fédor III, 676 Anna Ivanovna,1730 Ivan V et Pierre Ier, 1682 Ivan VI, 1741 Sophie, corégente, 1686-89 Elisabeth Petrovna, 1740 Pierre le Grand, Emp 1689 4° Dynastie de Holstein-Gotlorp. Pierre III de Holstein-Alexandre Ier, 1801 Gottorp, son neveu 1762 Nicolas Ier, son frère, 1825 Catherine II d'Anhalt, Alexandre II. 1855 sa veuve, 1762 Alexandre III, 1881 Paul Ier, leur fils, 1796 Nicolas II, 1894

Source: Dictionnaire Universel d'histoire et de géographie édité par M.N. Bouillet en 1914

Note de l'éditeur: Nous avons sélectionné ce texte dans un but informatif et culturel. Ce texte ancien est le fruit des moeurs et modes de pensée de son époque. Il ne présume en rien l'avis ou l'opinion de l'éditeur de ce site sur le sujet.

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